L'OEUF de Jennifer Vary (suite)

CHAPITRE 2

 

Marianne avait bondi courageusement de son rocher pour examiner de plus près la fissure par laquelle s’échappait l’étrange fumée blanchâtre.

 

Elle s’approcha encore un peu, puis plissa les yeux pour tenter d’apercevoir l’intérieur de l’ellipse. Avant même de pouvoir fournir quelle qu’information que ce soit aux autres, elle s’effondra face contre sol.

 

Paul-Émile se rua héroïquement sur sa nièce pour lui porter secours. Il retourna précautionneusement le corps élancé de la jeune fille, puis grimaça d’incompréhension : Marianne était prise d’étranges soubresauts.

 

Il pensa d’abord qu’elle convulsait.

 

« Marianne! Marianne, qu’est-ce que tu as vu? », s’informa-t-il, affolé.

 

En guise de réponse, Marianne se prit le ventre à deux mains et éclata d’un grand rire insolent.

 

Paul-Émile la prit par les épaules et la secoua légèrement : « Parle, Marianne, il faut que tu nous racontes ce que tu as vu! »

 

Marianne roula sur le côté et s’esclaffa de plus bel.

 

Paul-Émile le prit personnel et sortit un miroir de sa poche pour s’assurer qu’elle ne se moquait pas de son allure. Rassuré, il remit l’objet en place en pensa : « Cette jeune fille est vraiment d’une grande effronterie. Il faudra que je parle à ma sœur de ses méthodes d’éducation ».

 

N’écoutant que sa bravoure, Pélé ne vit qu’une chose à faire : il se leva et alla examiner lui-même la fissure. Il plissa les yeux à son tour pour les protéger de la fumée, puis tomba presqu’aussitôt sur le sol.

 

Mylène, inquiète pour son père, accouru et s’agenouilla près de lui en le fixant de ses grands yeux bleus. « Papa, qu’est-ce qu’il y a? Papa! Papa! »

 

Paul-Émile, couché à plat ventre, frappait le sol de ses poings en riant à gorge déployée. Mylène jeta un coup d’œil furtif autour d’elle et lui murmura à l’oreille: « Papa, relève-toi. Tout le monde nous regarde, tu as l’air ridicule et ça me rend mal à l’aise. »

 

Un petit attroupement animé par la curiosité se forma près de la fissure. Il y eut bousculade et dans un éclat général, Margot, Régis, Brigitte et Ken se plièrent d’hilarité.

 

Geneviève accourut avec un mouchoir sur le nez et lança un avertissement formel : « Éloignez-vous, c’est un gaz hilarant! Ne perdez pas de temps, c’est très volatil! »

 

-Un quoi? S’écria Peter, incrédule.

 

-Un gaz hilarant. Tu ne vois donc pas qu’ils sont plusieurs à l’avoir respiré? S’énerva Geneviève de sa douce voix fort peu menaçante.

 

Devant le verdict de sa cousine, Peter saisit par le bras son fils aîné, qui jusque là bougonnait qu’il avait faim et que les hot dogs étaient longs à cuire et l’attira près de la fumée blanche : « Allez mon grand, respire un bon coup et fais-moi le plaisir de changer d’air! »

 

Il suffit de quelques secondes pour qu’Alexandre se détende et retrouve un air joyeux qui satisfit apparemment son père.

 

« P’pa! » s’exclama-t-il avant de s’esclaffer à son tour, viens voir ça, c’est…hihihi…full…spatial….hihihihi! » l’invita Alex en faisant de grands gestes incohérents.

 

« ÇA SUFFIT! » s’époumona  Carmène en plaçant les mains en porte-voix.

 

Le spectacle hilarant était d’une grande désolation. Autour de la fissure se trouvaient ceux qui avaient respiré le gaz, quelques curieux et les adultes affolés.

 

Alors que la belle Sarah tentait de se faufiler parmi l’attroupement pour aller prendre sa bouffée de gaieté, sa mère la retint par le collet d’une main ferme qui l’étonna elle-même : « Holà! Reviens ici jeune fille! PAS QUESTION de t’y aventurer! »

 

-Mais m’man! Tout le monde l’a fait! Je veux juste… »

 

-ON NE DISCUTE PAS!

 

Constatant que la situation devenait intenable et surtout, que l’on ne pouvait se fier ni sur l’autorité d’une Margot qui dansait la macarena avec un enthousiasme délirant, ni sur une Jennifer euphorique courant dans l’herbe en imitant une chèvre effrayée, Carmène se hissa sur les épaules de Gaston et s’écria : « J’AI DIT QUE ÇA SUFFISAIT! Bonté divine, il faut bien que quelqu’un prenne les choses en main! »

 

Ceux qui n’étaient pas sous l’effet du gaz se tournèrent vers Carmène, qui venait de se déclarer maîtresse de la situation.

 

« Voilà ce qu’on va faire : nous allons d’abord former des équipes pour éloigner tout le monde de l’œuf. Gaétan, va avec Benoît. Luc, tu fais équipe avec Jasmin. Papa, va retrouver Paul. Surtout, pensez à ne pas respirer le gaz! »

 

Les équipes allèrent bon train pour éloigner de l’œuf toute personne ayant respiré la fumée blanche ou tentant sournoisement d’y accéder.

 

Au moment où un territoire de sécurité fût délimité, Buster accourut près de l’œuf en jappant près de la fissure. En quelques secondes, le pauvre cabot se retrouva à se rouler dans l’herbe en poussant des hurlements stridents qui déconcertèrent sa maîtresse.

 

Un craquement sourd se fit entendre et la fumée blanchâtre se dissipait de plus bel, atteignant de ce fait ceux qui avaient été épargnés jusque là. Carmène n’y échappa guère.

Elle tendit la main et appela doucement la chèvre égarée pour la nourrir d’une poignée d’herbe fraîchement cueillie.

 

Autour de L’œuf, on ne distinguait plus rien. Des membres de la famille épars tentaient de prononcer quelques mots entre les tressaillements dus au bonheur artificiel.

 

On en avait oublié qu’une menace planait.

 

Le silence revint graduellement, la visibilité également. Sur le sol, des dizaines de corps jonchaient, la rate vraisemblablement bien dilatée.

 

Chacun vérifia qu’il ne manquât personne de son entourage.

 

Une voix inquiète perça le silence : « Maman? Mélo? Mamaaan?!! »

 

David paniqua et chercha son grand frère pour lui signifier sa détresse. Des regards balayèrent les environs à la recherche de Sylvie et Mélodie.

 

Rien.

 

Un sentiment commun de honte dû au plaisir éphémère habitait chacun des membres de la famille.

 

Les regards se tournèrent vers L’œuf, qui n’était plus qu’un amas de coquilles brisées. Stéphanie s’en approcha lentement et plongea la main dans les décombres.

 

Les objets qu’elle en sortit suffirent à faire naître de sérieux soupçons. En se retournant, elle laissa tomber sur le sol deux masques à gaz.

 

« Là! Regardez! » Tout le monde se tourna vers Marie-Christine, qui jusque là se faisait discrète.

 

« Sur le sol… » murmura-t-elle le souffle coupé par la peur en pointant du doigt de curieuses traces de pas menant au sous-bois.

 

Un frisson de terreur parcouru toutes les colonnes vertébrales présentes.

 

Il fallait réagir. Et vite.

 

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À SUIVRE ...

 

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